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Hypertension artérielle : le tueur silencieux
le 12/05/2026
L'hypertension artérielle évolue le plus souvent en silence, sans symptôme apparent. Pourtant, lorsqu'elle n'est ni dépistée ni traitée, elle peut entraîner des complications sévères. À l'occasion de la Journée mondiale de l'hypertension, le Dr Jean Broitman, cardiologue à la Clinique Aguiléra (Ramsay Santé) à Biarritz et co-fondateur de « l'unité d’HTA du Pays Basque », fait le point sur les enjeux du dépistage, les bons réflexes à adopter et les solutions thérapeutiques disponibles.
Qu'est-ce que l'hypertension artérielle ?
L'hypertension artérielle se définit par une élévation chronique de la pression du sang dans les artères. À long terme, cette pression excessive abîme la paroi des vaisseaux et peut conduire à leur obstruction, avec des conséquences potentiellement graves : accident vasculaire cérébral (AVC), infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale ou encore démence. C'est une maladie complètement silencieuse la plupart du temps, qui ne donne pas de symptômes visibles, et qui peut avoir des conséquences dramatiques.
En France, environ 17 millions de personnes sont concernées par l'hypertension artérielle, qui constitue l’une des premières causes de décès prématuré. Elle figure également parmi les principaux facteurs de risque modifiables de démence identifiés par la Lancet Commission.
Qui est concerné et quels sont les principaux facteurs de risque ?
L'hypertension artérielle peut concerner tout le monde. Le dépistage doit donc être universel, même si certaines populations sont plus exposées.
Avec l'âge, les artères deviennent plus rigides et la tension a tendance à augmenter. À cela s'ajoutent plusieurs facteurs liés au mode de vie : sédentarité, surcharge pondérale, alimentation trop riche en sel, consommation excessive d'alcool. L'hérédité joue également un rôle non négligeable, de même que certaines pathologies rénales ou endocrinologiques, qui peuvent provoquer une hypertension dite secondaire. Il existe donc un terrain non modifiable, avec l'âge, l'hérédité, certaines maladies, et un terrain modifiable, avec le mode de vie, l'activité physique et l'alimentation.
Les femmes sont-elles concernées différemment ?
Oui, et cela reste encore trop méconnu. Plusieurs étapes de la vie hormonale appellent une vigilance particulière.
- La contraception : certaines pilules (œstroprogestatives) peuvent augmenter la pression artérielle et sont contre-indiquées en cas d'hypertension préexistante.
- La grossesse, particulièrement au troisième trimestre, où le risque de prééclampsie impose une surveillance étroite.
- La ménopause marque souvent un tournant. À ce moment-là, la tension monte, le risque cardiovasculaire augmente, et il faut bien surveiller la pression artérielle ainsi que les autres facteurs de risque cardio-vasculaires tels que le diabète et le cholestérol.
Au-delà de ces spécificités hormonales, les femmes restent globalement moins bien dépistées et moins bien traitées que les hommes, en partie en raison de symptômes parfois plus atypiques et de représentations encore tenaces qui associent les maladies cardiovasculaires au masculin.
Comment dépister une hypertension et confirmer le diagnostic ?
La prise de tension chez le médecin traitant, en pharmacie ou chez un infirmier permet un premier repérage. Mais une mesure isolée ne suffit pas à poser le diagnostic. Il faut réaliser des automesures tensionnelles. Le protocole recommandé suit la règle des trois : trois mesures le matin, trois mesures le soir, pendant trois jours consécutifs, à l'aide d'un tensiomètre à bras (plus fiable que les modèles au poignet), au repos, après cinq minutes assis.
La moyenne obtenue permet de confirmer ou d'écarter le diagnostic. Le seuil retenu en automesure est de 135/85 mmHg. Des tableaux d'automesure sont mis à disposition gratuitement par l'Assurance Maladie. Ce réflexe est d'autant plus important que les chiffres restent préoccupants : selon l'étude Esteban menée par Santé publique France, environ un hypertendu sur deux ignore sa pathologie, et parmi ceux qui sont traités, seul un sur deux a une tension contrôlée.
Quels sont les traitements et quelle est leur efficacité ?
La prise en charge associe d'abord des mesures hygiéno-diététiques : limitation du sel et de l'alcool, adoption d'un régime de type méditerranéen, activité physique régulière, sans oublier le contrôle des autres facteurs de risque cardiovasculaire comme le tabac, le diabète ou le cholestérol. Mais dans la grande majorité des cas, un traitement médicamenteux est nécessaire, et il devra être pris à vie.
Son bénéfice est très concret : une baisse de 10 mmHg de la pression artérielle systolique réduit d'environ 27 % le risque d'AVC, de 28 % le risque d'insuffisance cardiaque. Avec des médicaments, environ 90 % des hypertensions artérielles peuvent être contrôlées.
Plus de 150 molécules existent aujourd'hui, ce qui permet d'adapter la prescription à chaque profil. Lorsque des effets secondaires apparaissent, c'est généralement dans le mois suivant l'introduction du traitement, et ils disparaissent à l'arrêt : il est alors facile de passer à une autre molécule mieux tolérée.
Quel message souhaitez-vous adresser aux patients ?
Si on vous diagnostique une hypertension artérielle, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, c'est l'occasion d'être traité tôt, simplement, et d'éviter des complications plus tard. Le premier geste reste accessible à tous : se munir d'un tensiomètre, ou en emprunter un à un proche, à sa pharmacie ou à son médecin, et prendre l'habitude de faire ses automesures avant une consultation. Un réflexe simple qui permet de casser l'inertie diagnostique et thérapeutique, et d'agir bien avant l'apparition des complications.
À la Clinique Aguiléra, une unité dédiée à l'hypertension
Depuis avril 2021, la Clinique Aguiléra (Ramsay Santé) à Biarritz dispose d'une unité spécialisée dans la prise en charge de l'hypertension artérielle, co-fondée par le Dr Jean Broitman et ses confrères les Dr Florence Ah Kang et Dr Bruno Darcy. L'unité propose des consultations dédiées, ainsi qu’une prise en charge spécialisées des hypertensions ayant débuté avant 40 ans ou qui sont résistantes, en hospitalisation de jour (HDJ), avec une approche pluridisciplinaire : cardiologues, infirmière en pratique avancée, diététicienne, radiologue, biologiste, psychologue, infirmières et secrétaires spécialisées travaillent ensemble pour rechercher d'éventuelles causes (hormonales ou rénales notamment), optimiser les traitements et accompagner l'observance.
Le centre est labellisé Blood Pressure Clinic par la Société Européenne d'Hypertension (ESH) depuis janvier 2023, sous l'égide du CHU de Bordeaux. Plus de 1 000 patients ont déjà été bilantés en HDJ.
À l'occasion de la campagne annuelle de dépistage qui se déroule du 1er mai au 31 juillet 2026, la Clinique Aguiléra organise le 19 mai 2026 un stand de dépistage gratuit dans son hall d'accueil, ouvert aux patients comme aux professionnels. Cette action s'inscrit dans le recueil anonyme international coordonné par la Société Française d'Hypertension Artérielle (SFHTA), partenaire de l'opération depuis 2019.
Liste centres excellence : https://www.sfhta.eu/liste-des-centres-dexcellence/